Casse Pipe

Il n’y a pas que des livres faisant polémique dans la musette de Louis-Ferdinand Céline, du peu que j’ai pu lire de cet auteur (on ne peut pas tout lire, hélas, on a tous des bouquins en pile sur un coin de table que l’on regarde régulièrement, heureux de les encore à lire, triste de ne les avoir pas encore lus si pas dévorés) du peu donc que j’ai pu lire de Céline, j’ai apprécié et le voyage fut toujours agréable, et suis toujours prête à cheminer à ses côtés. Ce titre-là devra malgré tout attendre encore un peu, la liste des « à lire » est bien longue, mais ça ne m’empêche pas de vous le faire partager. Je doute que l’on soit déçu à sa lecture.
Il ne fera pas couler autant d’encre que ses bagatelles pour un massacre, mais mérite tout autant d’être connu.
Le livre semble amusant, bien que profond et écrit avec sérieux, Céline me fait l’impression d’être un drôle de bonhomme, à la vie bien remplie, à la langue bien pendue mais surtout à l’esprit bien fait, un homme comme on en fait peu, et dont on manque actuellement cruellement.


Après Voyage au bout de la nuit, Futuropolis poursuit les rééditions des oeuvres de Céline illustrées par Tardi avec Casse-Pipe, qui, pour l’occasion, bénéficie d’une nouvelle photogravure et d’une nouvelle couverture.

Publié pour la première fois en 1952, Casse-pipe raconte la première nuit en caserne de Ferdinand, au 17e régiment de cuirassiers à Rambouillet. Il découvre rapidement des soldats ivrognes qui discutent de leur vie militaire, chargée de règles et de discipline. Ferdinand le bleu subit les insultes et les humiliations. Les personnages sont dignes de toutes les infanteries du monde, parce qu’ils ont perdu toute dignité humaine en endossant celle du soldat.
De ce sujet minimum, Céline tire une vision apocalyptique, pleine de jurons, de tonnerre, de chevaux, et de bêtise. Il est ici dans toute la maîtrise de ses moyens. « Livre capital, écrivait Roger Nimier, puisqu’il paraît autobiographique ». Que ce soit par le discours comme par le langage des militaires, Céline peut s’en donner à coeur joie. Le style est là, haché, vivant, rythmé, musical.
De cette transposition du vécu en mots, Jacques Tardi a fait à son tour une transposition visuelle, avec la même fidélité à la sensibilité célinienne dont il avait déjà fait preuve dans son travail d’illustration de Voyage au bout de la nuit. Les dessins en noir et blanc, les nuances de gris de Tardi, collent parfaitement à la noirceur, le désespoir, mais aussi l’humour qui hantent les personnages du roman. En découle une oeuvre à part entière qui n’est pas seulement
une illustration mais surtout une variation en images. Du grand art ! –Ce texte fait référence à une édition épuisée ou non disponible de ce titre.

Quatrième de couverture

L’ordre de route je l’avais dans la main… L’heure était dessus, écrite. Le factionnaire de guérite il avait poussé lui-même le portillon avec sa crosse. Il avait prévenu l’intérieur – Brigadier ! C’est l’engagé ! – Qu’il entre ce con là !


Je me permets de vous mettre ici le commentaire d’un lecteur non dénué d’intérêt, il donne  envie de lire, c’est le moins qu’on puisse dire, au point qu’il m’ait donné envie d’aller plus loin avec ce titre et de me le procurer. On se retrouve après ma lecture !

« Nourri de son expérience de l’armée (Louis-Ferdinand Destouches s’était à dix-huit ans engagé dans un régiment de cuirassiers), et sans une once d’antisémitisme, le Casse-pipe de Céline est un petit chef d’œuvre de création littéraire. Une réalité qui fut particulièrement douloureuse (son incorporation jeta Louis-Ferdinand dans la dépression, ses parents redoutèrent même son suicide, il ne pouvait pas voir les canassons en peinture !) s’y trouve transposée en une fantasmagorie où le plus trivial et le plus grossier (ça picole sec, ça glaviote, ça rote, ça pète et ça pue, dans les écuries) se mêle aux visions les plus hallucinées :

Et youp dada ! Tous les gayes à la saute cabri !

Un dictionnaire d’argot à portée de main (les gayes, ce sont les chevaux), le lecteur, tel un cavalier emporté par un animal lancé dans une course folle, ne manquera pas d’être emballé par ce court texte d’une grande drôlerie, où Céline donne la mesure de son inventivité.

Franche rigolade qui contraste sérieusement avec la tonalité du Carnet du cuirassier Destouches publié en annexe (dans ces pages personnelles, on admirera la maîtrise de la langue chez ce tout jeune homme presque autodidacte), où le futur écrivain notait :

Un fond de tristesse est au fond de moi-même et si je n’ai pas le courage de le chasser par une occupation quelconque, il prend bientôt des proportions énormes, au point que cette mélancolie profonde ne tarde pas à recouvrir tous mes ennuis et se fond avec eux pour me torturer en mon for intérieur. »


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