L’âge de Caïn

 

 

Ce livre n’est pas un roman. Je ne fais qu’y conter des événements dont j’ai été le témoin, bien malgré moi. Sans rien cacher, sans rien changer, sans rien forcer. Les circonstances sont donc des circonstances réelles. Les hommes sont des hommes réels, hélas !… Leurs actes sont bien les actes que réellement ils ont commis, comme réellement ils les ont commis. Et je donne les vrais noms, ou, à défaut, les surnoms qu’officiellement ces hommes se donnaient, pour cacher leurs noms… Le lecteur m’excusera seulement de n’avoir pas donné mon vrai nom, à moi.



On ne saura jamais tout de l’insurrection

« Il faut les excuser: l’histoire politique ne se lit pas à livre ouvert. L’insurrection s’est faite dans l’ombre, de manière décentralisée, on ne saura jamais tout. Et surtout, on ne saura jamais l’ampleur de la pagaille que cela a pu être, même si les livres un peu denses sur le sujet nous le laissent amplement deviner. Les ennemis des occupants n’étaient pas tous amis entre eux: comme l’analyse dans le détail Charles Riondet, auteur d’une thèse sur le Comité parisien de la Libération, l’alliance de circonstance entre gaullistes et communistes fut tout au long un jeu de chiens de faïence et de tirage de barbichettes. Et surtout des millions de petits détails, incohérents avec le récit édifiant que les vainqueurs ont tiré de l’événement, nous seront à jamais inaccessibles. Des centaines de barricades, très bien. Mais pourquoi ici, dans telle rue, et pas dans la rue d’à côté? Pourquoi, dans telle famille, la colère a pris le pas sur la peur? Et surtout, pourquoi a-t-on ici pris sobrement telle mairie, tandis qu’un peu plus loin –à la mairie du XVIIIe, notamment– on tondait des «collaboratrices» en place publique, avant d’accrocher leur crinière au mur du parvis? Qu’est-ce qui fait passer de la résignation à la colère, de la colère à l’insurrection et de l’insurrection à la sauvagerie?

« Ce qui ressort ici, c’est plutôt que l’événement a été favorisé par des conditions de vie épouvantables des Parisiens, un flottement du pouvoir et une action à peu près concertée de groupes militarisés de résistance. L’onde de choc qui s’en est suivi a parcouru le corps social, entrant en résonance avec le rapport intime que les uns et les autres nouaient avec leur libido, leur histoire. À ce phénomène mystérieux et incertain, on peut opposer une certitude: lorsqu’une femme ou un homme de pouvoir travestit l’insurrection du passé en parc à thème, c’est qu’il ne veut surtout pas en entendre parler. »

(illustrations de cette partie et texte extraits d’un article)


 

broché

256 pages

17.24 €


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